Sa
Sainteté Dudjom Rinpoché [1904-1988] était
le chef de l’école Nyingmapa du Bouddhisme
tibétain. Sa Sainteté Shenphen Dawa Rinpoché
est le fils et successeur du lignage de Dudjom Rinpoché.
Il a été éduqué personnellement
par Sa Sainteté Dudjom Rinpoché dans tous
les aspects de la méditation Vajrayana et de
la médecine. Sa Sainteté a créé
la Dudjom Shenphen Fondation pour continuer les activités
de son père.
Cet entretien a été conduit pour
le magazine Vajradhatu Sun par David Schneider et Susan
Garner à Berkeley, Californie, le 12 octobre
1988
Sun : Pouvez-vous nous parler un peu
de votre jeunesse et de votre formation ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Je
suis né à Kongbu au Tibet, maintenant
en Chine, au petit matin de la nouvelle année
du Tigre de Fer. Au matin de ma naissance, un pêcher
est apparu près de mon lit.
C’est là que j’ai grandi. J’ai
été reconnu comme Kengken Tulku, l’incarnation
de Tulku Péma Yéshe. J’appartiens
en partie, également, au monastère de
Taksham, puisque j’ai aussi été
reconnu comme l’incarnation de TakshamTulku.
Sun : Rinpoché, comment avez-vous
été reconnu ?
Shenphen Dawa Rinpoché : En vérité, j’ai
été reconnu en partie par Sa Sainteté
Karmapa. C’est assez compliqué. Ce qui
s’est passé, c’est que Dudjom Rinpoché
n’a pas voulu que je retourne dans le monastère
de Taksham. Dans la mesure où il ne voulait pas
cela, il demanda à Sa Sainteté Karmapa
de me reconnaître comme Tulku Péma Yéshé,
ce que j’étais. J’étais à
la fois une émanation de Tulku Péma Yéshé
et de Taksham Tulku. C’est une double émanation,
au même moment. La raison de Dudjom Rinpoché,
était qu’à Taksham, à ce
moment là, il n’y avait pas beaucoup d’harmonie
entre le lama et les moines et tous les lamas de Taksham
vivaient très... leurs vies n’étaient
pas longues à cause des troubles dans le monastère.
Donc, à cause de cela, mon père demanda
à Sa Sainteté Karmapa de me reconnaître
comme Tulku Péma Yéshé.
Taksham était aussi dans le lignage Nyingma.
Taksham Tulku était un fameux maître tertön
qui découvrit beaucoup d’enseignements.
La raison pour laquelle Sa Sainteté Karmapa devait
me reconnaître est qu’il était un
arbitre. Les moines qui venaient du monastère
de Taksham avaient toutes les indications précises
selon lesquelles je renaîtrai comme fils de Dudjom
Rinpoché. Il leur avait été aussi
indiqué la localité. Selon le gouvernement
tibétain, si vous appartenez à un monastère
spécifique vous devez retourner à ce monastère.
Plus tard ils se mirent d’accord sur le fait que
si Sa Sainteté Karmapa intervenait et faisait
les divinations, quoiqu’il dise, ce serait la
décision finale. Donc en fait Sa Sainteté
me reconnut comme Tulku Péma Yéshé
et il dut reconnaître un autre Taksham Tulku d’une
autre localité. Il y a des émanations
des corps, parole et esprit des tulkus et quelqu’un
d’autre fut donc reconnu.
Tulku Péma Yéshé était Nyingma
également. En fait Tulku Péma Yéshé
était une émanation du père de
mon père, Jamphel Norbu. Jamphel Norbu décéda
et devint Tulku Péma Yéshé. Tulku
Péma Yéshé décéda
et me voilà. Mon père disait couramment
qu’il m’avait vu changer trois fois d’incarnation.
Ma mère disait deux incarnations parce qu’elle
m’eut en tant que Tulku Péma Yéshé.
À ce moment là, j’étais au
Tibet. Je mourus assez jeune, dans la trentaine, après
avoir reçu le Rinchen Terzod wang de mon père.
Mon père disait qu’il s’était
engagé formellement auprès de Tulku Péma
Yéshé de lui donner renaissance comme
son fils et qu’il lui rendait ainsi la faveur
qu’il lui avait faite d’avoir été
son père dans une vie précédente.
Mon père avait donné son accord, il y
avait donc une parfaite communication entre eux.
Quand j’étais Tulku Péma Yéshé,
j’ai reçu beaucoup d’enseignements
de Rinpoché. J’étais en train de
recevoir de lui le Rinchen Terzod et je décédai
pendant la transmission. En bref, il s’agit de
la collection de tous les travaux des tertöns,
la totalité des enseignements du lignage. C’est
une transmission qui dure sept mois.
Sun : Votre formation après
cela… vous êtes allé dans un monastère
?
Shenphen Dawa Rinpoché : Je n’ai pas été
confié à un monastère parce que
j’étais le seul fils de Dudjom Rinpoché
et de ma mère. De plus, Rinpoché avait
déjà eu une prophétie au sujet
de mon entraînement, et en particulier où
je devais être etc. C’est avec beaucoup
de chance que je pus sortir et aller en Inde. Si j’avais
été dans un monastère, je pense
que je serai encore bloqué au Tibet.
De ma mère, aucun autre fils n’était
encore né. Elle n’avait donné naissance
qu’à plusieurs filles. Je suis le seul
fils. Actuellement, j’ai deux sœurs. J’ai
eu plusieurs autres sœurs qui sont décédées
à la naissance. Ma mère a des visions
très claires. Mon père lui-même
consultait ma mère pour beaucoup de choses. À
cette époque encore, la plupart des lamas demandaient
à ma mère de reconnaître les tulkus,
des choses comme cela. Elle a une manière très
claire de pratiquer la divination. En rêve donc,
une femme vint à elle et lui donna un vajra à
neuf branches enveloppé dans une écharpe
bleue et lui dit : « Gardez cela, c’est
un terma, il vous sera bénéfique ».
Comme elle le regardait, elle s’aperçut
qu’une des têtes du dorje était,
disons, pas vraiment endommagée, mais qu’elle
bougeait légèrement. Elle n’était
pas fermement en place. Et ma mère pensa qu’un
si beau dorje avec une tête qui bouge… elle
était un peu effrayée par ce fait. Il
était tel, sans que cela affecte sa pureté.
À ce moment là, Dudjom Rinpoché
dit à ma mère que j’allais être
conçu. Ma mère rêva de mon arrivée
dans la maison et en fait, elle ne voulut pas de moi.
La maison représentait sa matrice et elle ne
voulut pas que je rentre, mais je forçai mon
entrée en disant que Rinpoché m’avait
donné la permission de rester dans la maison
et qu’en vérité je devais rester.
Elle dit que quand je rentrai, une retenue de gens apparut
disant que je venais d’un des Champs de Bouddhas.
Immédiatement elle sentit que j’étais
rentré dans sa matrice et elle écrivit
à mon père - ma mère était
dans une région du Tibet - Rinpoché donnait
le Rinchen Terzod dans une autre région qui est
de l’autre côté du Tibet. Et Rinpoché
confirma que c’était bien moi. Voila comment
cela s’est passé.
Sun : Vous a t-elle identifié
à la branche du dorje qui bougeait ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Non, la branche du dorje correspond
à ma jambe parce que je suis né avec une
jambe faible. Cette indication de la branche se référait
à ma jambe.
Sun : Oh ! Je n’avais pas compris
le sens.
Shenphen Dawa Rinpoché : [riant] Oh ! Ce n’est qu’une
anecdote, un conte.
Sun : Ensuite vous avez été
élevé surtout par votre mère ?
Shenphen Dawa Rinpoché : J’étais surtout
avec mon père, et surtout j’ai pu observer
la manière dont mon père vivait, la manière
dont il conduisait ses pratiques, le genre de personnes
qu’il rencontrait. En Inde je suis allé
dans une école catholique et une école
protestante. Ma mère pensait que c’était
important que j’étudie en Anglais. Elle
pensait que ce serait bénéfique. J’ai
eu aussi des tuteurs appointés par Rinpoché,
qui travaillaient avec lui d’une manière
très proche. J’ai eu un tuteur particulièrement
qualifié dont le nom était Lachung Apo
avec lequel j’ai étudié plusieurs
années. Il avait étudié au monastère
de Mindroling et en devint presque l’abbé,
mais au lieu de cela il brisa ses vœux. Ensuite
il s’investit totalement dans des pratiques tantriques
secrètes. C’était un maître
très réalisé.
Sun : Il avait perdu ses vœux
?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui. C’est une étape
de développement où il sentit qu’il
avait besoin de transcender la voie monastique et de
devenir un yogi. Il vivait avec une femme qui était
une prostituée mais qui était en fait
une dakini. Elle abandonna son corps et partit un jour
sans laisser aucune trace derrière elle. Mon
tuteur vivait avec elle.
Sun : Avez vous eu des difficultés
pour sortir du Tibet ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Non, il n’y a pas eu de
problème parce que mon père était
déjà parti pour un traitement médical,
façon de parler. Nous étions partis bien
avant l’invasion.
Sun : Il avait eu une prophétie
?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui, il avait eu une prophétie
et il avait aussi conseillé à beaucoup
de ses disciples de quitter le Tibet. Il avait été
déjà prophétisé que le Tibet
serait envahi par la Chine. Dans notre monastère
en particulier, il y avait eu beaucoup de signes de
la part des déités qui indiquaient que
la situation était mauvaise. De la bouche de
plusieurs statues de protecteurs s’écoulait
du sang. Leur position avait changé complètement,
elles s’étaient orientées vers l’est.
Et puis vous savez… la divination par le cristal…
toutes les divinations indiquaient qu’il fallait
partir et donc nous sommes partis.
Sun : Où étaient vos
monastères ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Le mien était à
Kongbu et Rinpoché en avait construit un là-bas
aussi.
Sun : Quel âge aviez-vous quand
vous avez quitte le Tibet ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Sept
ou huit ans. Mais j’ai une mémoire très
fraîche de tout cela en fait. Heureusement, je
me rappelle rencontrer la mère de Rinpoché
avant de quitter le Tibet. À ce moment je devais
avoir seulement deux ou trois ans, mais je me rappelle
la rencontrer, être dans un restaurant avec elle.
Sun : Aujourd’hui vous pratiquez
en tant que moine ou chef de familles ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Je suis un pratiquant laïc.
J’ai déjà été marié
une fois puis séparé. J’étais
marié à une Buthanaise auparavant, mais
à cause de mon milieu et de beaucoup d’autres
choses, j’ai été séparé.
Depuis je suis célibataire. Ma femme et mes enfants
sont encore au Buthan.
[Note : Rinpoché est maintenant remarié
avec Sonam Chokyi et a deux filles, Dechen et Tseyang]
Sun : Êtes-vous le frère
cadet de Thinley Norbu ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui. Ma mère était
la deuxième consorte. Mon père avait été
marié une première fois. Thinley Norbu
et les autres proviennent de ce premier mariage.
Ce mariage cassa. Ensuite Rinpoché épousa
ma mère et de cette union il y a deux sœurs
et moi-même. Mes sœurs vivent en France.
Rinpoché eut une prophétie indiquant qu’il
devait épouser ma mère. C’était
important pour lui, pour prolonger sa vie. Voyez-vous,
les tertöns Nyingma ne vivent normalement pas très
longtemps à moins qu’ils épousent
la consorte correcte. Il se trouve que ma mère
était la personne prédite. Apres son premier
mariage, mon père n’a pas été
impliqué dans la recherche de ma mère.
Ce qui s’est passé c’est que les
protecteurs se sont impliqués. Un des protecteurs
principaux de Rinpoché alla lui-même rencontrer
le père. Le mariage de ma mère avec mon
père est quelque chose de tout à fait
unique.
Pour prolonger la vie de mon père, le protecteur
alla chercher la dakini correcte. Il alla en personne
établir la connexion entre la famille de ma mère
et mon père. Il alla la demander et ensuite connecta
mon père avec elle. Il apparut dans les visions
de mon père et dit : « Restez ici, la femme
choisie va venir vous voir ! ». Mon grand-père,
le père de ma mère, fut complètement
fasciné parce qu’il réalisa que
c’était un protecteur. Le visiteur était
d’une famille très aristocratique et dit
qu’il venait pour donner un objet rituel appartenant
au monastère de mon père, un objet qui
manquait dans le monastère de mon père.
Ce genre de choses arrive.
Il vint dans une forme physique et dit à mon
grand-père qu’un certain livre qui contenait
les transmissions qu’il recherchait était
au monastère de Dudjom Rinpoché, et que
personne d’autre ne l’avait. Il lui dit
qu’il devrait aller demander à Dudjom Rinpoché
de lui donner cette transmission. Il dit : « Comme
présent, je vous donne ceci. Vous devriez envoyer
votre fille pour voir Rinpoché au sujet de ce
texte ». Mon grand-père était très
surpris que quelqu’un ait pu rentrer dans sa chambre
pour lui parler. Il questionna les gardes et les serviteurs
qui jurèrent que personne n’était
rentré, qu’ils avaient gardé l’entrée
très scrupuleusement. Auparavant il avait eu
un rêve et connecta ces choses ensemble. Voila
comment cela s’est passé.
Sun : Si je vous comprends bien, votre
père, Sa Sainteté, détenait les
transmissions des quatre écoles du bouddhisme
tibétain ?
Shenphen Dawa Rinpoché : C’est exact.
Sun : Détenez-vous les transmissions
des quatre écoles ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Non. Au moment présent,
je ne détiens pas les transmissions des quatre
écoles, bien que je doive les recevoir dans le
futur. Cela sera une étape importante dans mon
évolution. Mais pour le moment, je détiens
directement de Sa Sainteté, ses transmissions
terma qui sont appelées lignage Tersar ou lignage
du « Nouveau Trésor ». Rinpoché
recouvrit toutes les transmissions qu’il reçut
de Dudjom Lingpa, son incarnation précédente,
et durant cette vie, tous les trésors qui lui
ont été révélés à
des moments précis par Guru Rinpoché.
Tout cela est appelé le « Nouveau Trésor
». Rinpoché, étant lui-même
un tertön, propagea largement tous les enseignements
de son prédécesseur.
Sun : Quand vécut Dudjom Lingpa
?
Shenphen Dawa Rinpoché : Il est né en 1835. Avant
cela sa Sainteté avait déjà été
Dorjé Thogmé, Dudul Rolpa Tsal. Il se
réincarna antérieurement quatre fois,
en quatre différents tertöns. Et le dernier
a été Yéshé Dorjé.
Dans cette dernière émanation, Il était
connu sous le nom de Jigdrel Yéshé Dorjé.
Il est plus largement connu sous le nom de Dudjom Rinpoché,
mais son vrai nom est Jigdrel Yéshé Dorjé.
En tant que tertön, Il se réincarna quatre
fois. Mais du point de vue de ses incarnations, je pense
qu’il est le 14ème. Il a été
le premier Bouddha qui donna la transmission de pouvoir
aux mille Bouddhas et Il a promit de se manifester en
tant que dernier Bouddha, Mopa Thaye. Donc du point
de vue de l’émanation, c’est un lignage
particulièrement long.
Sun : Y a t-il un entraînement
particulier pour les tertöns ? Ou sont-ils simplement
reconnus comme tertöns ? Comment cela se passe-t-il
?
Shenphen Dawa Rinpoché : Au moment présent, je
ne suis pas reconnu comme tertön. Je ne revendique
pas d’être un tertön. Cela dépend
d’un moment spécifique. Si l’opportunité
se produit, la transmission de l’esprit se produira.
A ce moment là, le tertön reçoit
les indications des dakinis de sagesse sur l’endroit
où se trouve le terma en question. Le terma peut
être dans le sol, mais aussi dans l’esprit.
Cela dépend, il y a tellement de sorte de termas
: termas de terre, termas d’eau, termas de l’espace,
et termas de l’esprit.
Sun : Y a t-il des pratiques particulières
pour préparer quelqu’un à recevoir
le terma ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Il n’y a rien à
préparer. Il s’agit de prophétie,
d’accomplissement de prophétie. Cela dépend
seulement du moment correct. Au moment correct la révélation
apparaîtra. La qualité de la personne,
la pratique et l’entraînement, peuvent aussi
éliminer beaucoup d’obstacles et rendre
le chemin plus aisé pour que ces transmissions
apparaissent. Dans ce sens, quelqu’un qui mettrait
la totalité de son effort dans la pratique deviendrait
un réceptacle plus approprié.
Sun : Rinpoché, votre pratique
et votre étude ont-elles été concentrées
sur un aspect spécifique ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Mon entraînement s’est
fait sur les yogas. Ma spécialité, c’est
l’entraînement des yogas. Ce sont les enseignements
du Bouddha et plus particulièrement, ce sont
les enseignements de Guru Rinpoché. Cela se réfère
aux trois essences : essence des nerfs, essence des
vents, essence de la graine que l’on appelle «
tiglé ». Du point de vue des yogas, l’entraînement
consiste à amener la purification des nerfs,
des vents et de l’essence. Le cœur de l’enseignement
des protecteurs et des dakinis est basé sur la
pratique des yogas. Cela a été ma formation.
C’est un champ de conscience complet. Nous sommes
complètement influencés par cela : nous
avons tant d’obscurcissements des nerfs dus aux
maladies, des d’obscurcissements des vents qui
provoquent les perturbations mentales, des obscurcissements
du tiglé d’où découlent la
dégénérescence des cellules, dont
émergent les émotions négatives.
« Tsa », ce sont les nerfs, « lung
», ce sont les vents, « tiglé »,
c’est l’essence. Dans son aspect grossier,
c’est l’essence, dans son aspect subtil,
c’est la réalisation de l’esprit
qui est reliée à la clarté et la
luminosité. Quand nous parlons de corps d’arc-en-ciel
et de la perfection du Dzogchen, la perfection du Dzogchen
vient avec la perfection de tsa-lung, qui fait progresser
énormément la complète compréhension
de la conscience. C’est une autre sphère
d’entraînement.
Il est important de comprendre cela, car au Tibet, il
n’y a eu que très peu de pratiquants des
tsa-lungs. Le yoga de tsa-lung-tiglé est, en
fait, trois différentes manières dont
l’esprit reçoit les trois kayas. La perception
des nerfs se manifeste comme « tsa », le
mouvement intérieur des vents sur lequel repose
l’esprit est « lung », et «
tiglé » pénètre le cœur
de la réalisation elle-même. Ce sont, Nirmanakaya,
Sambhogakaya et Dharmakaya.
Ceci est un entraînement complet en soi et nous
avons cet entraînement dans la tradition monastique
aussi bien que laïque. Nous avons deux approches
de cela qui sont la « pénétration
de l’autre » et la « pénétration
de soi même ». Cela existe peut-être
dans d’autres traditions. Mais je pense, qu’en
profondeur, c’est un enseignement Nyingma. Cela
traite de la pratique des dakinis et des pratiques terma
des dakinis. Cela veut dire que c’est le cœur
de la réalisation.
Dès la naissance vous avez des obscurcissements
des nerfs et des vents dus aux mauvaises circonstances
ou aux situations de l’environnement. Il peut
y avoir aussi à votre naissance, la coïncidence
d’actions négatives que vous avez commises
et qui pourront plus tard affecter votre développement.
Il y a certaines règles de conduite, depuis le
moment où vous êtes conçu dans la
matrice. Cela dépend de ce que vos parents pensent
de vous. Il y a certaines mémoires négatives
de leurs pensées auxquelles vous êtes accroché,
auxquelles vous êtes attaché et que plus
tard vous ne comprenez pas. La manière dont vous
êtes en relation avec vos parents peut venir directement
de cette pensée dans laquelle vous êtes
pris. C’est une chose très délicate.
Les négativités importantes peuvent venir
du karma. Quand beaucoup de choses se manifestent à
la fois cela peut aussi être une indication que
vous avez à travailler sur ces choses.
Mais certaines choses peuvent aussi être accidentelles
ou de simples coïncidences. Je veux dire que si
vous traversez la rue et qu’une voiture vous renverse,
cela ne veut pas nécessairement dire que le karma
était que cette voiture vous renverse. C’est
votre négligence de ne pas avoir regardé
correctement [rires]. Identifier cela comme étant
ou non du karma est très très difficile.
Tout ce que nous ne comprenons pas, nous ne pouvons
pas dire : « c’est le karma ». Depuis
le moment où vous étiez dans la matrice
et pendant votre croissance ensuite, vous avez pu contracter
des d’obscurcissements. Par exemple, il y a une
personne négative et vos parents vous font porter
ses vêtements. Il existe un nombre infini de possibilités
d’obscurcissements ... porter les vêtements
d’autres personnes peut donner des obscurcissements,
passer en dessous de certaines choses polluées
peuvent provoquer des obscurcissements, l’énergie
négatives de certaines choses peut provoquer
des d’obscurcissements. Cela ne veut pas dire
que c’est du karma, n’est-ce pas ? Vous
les rencontrez simplement.
En fait, karma veut dire solidification de vos actions
négatives passées, et de cette solidification,
il n’y a pas moyen d’échapper. Le
karma est quelque chose de très sérieux,
une affaire de vie ou de mort. Ce ne sera jamais quelque
chose de léger. Que les choses ne marchent pas
tout à fait bien pour vous ou que vous êtes
un peu malade, cela n’est pas le karma. Le karma
est plus lourd.
Quand le karma s’accumule et que vous n’avez
pas repayé ces dettes karmiques, cela peut tomber
d’un seul coup. Où cela peut s’étaler.
Cela ne dépend que de votre force psychique,
que vous puissiez l’étaler pour l’absorber
ou que vous soyez trop faible et que cela tombe d’un
coup. Simplement ce sont des dettes karmiques que vous
n’avez pas payées. Ces dettes doivent être
payées et vous avez des pratiques comme l’offrande
d’encens, l’offrande du feu. Il y a beaucoup
de pratiques pour repayer ce karma aux êtres avec
ou sans forme. C’est l’action elle-même
qui doit être purifiée. Du point de vue
de tsa-lung-tiglé, nous savons que dans le canal
central toutes nos actions sont imprimées sous
forme de mouvements, de mouvements subtils. Dans tsa-lung-tiglé,
nous apprenons à les sortir pour pouvoir les
brûler, les purifier avec la chaleur de la sagesse.
Sun : Sa Sainteté est décédée
en France ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui, c’est cela.
Sun : Pouvez-vous nous parler de cette
période avant sa mort, le parinirvâna lui-même
et ensuite, le Samadhi ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Bon,
il s’est passé beaucoup de choses extraordinaires,
mais pour le moment, puisque son corps n’a pas
été ramené à sa destination
qui est le Népal et n’a pas été
consacré dans le stupa, beaucoup de ces activités
ne peuvent pas être dévoilées, parce
que l’activité n’est pas complète.
À l’intérieur de cela, toute interprétation
ou projection qui pourrait se produire par rapport à
la pureté de cette manifestation peut causer
une confusion et pourrait provoquer des déséquilibres
dans la manière dont les choses doivent se passer.
Peu de choses ont été révélées
pour le moment. Il suffit de dire que dans la mesure
où il était un des plus grands maîtres
réalisés, il n’y a pas de doute
qu’il a manifesté des signes de réalisation.
Il n’y a absolument aucun doute sur ce point.
Cela a affecté ceux d’entre nous qui sont
des pratiquants. Même ceux d’entre nous
qui ne sont pas pratiquants. Même les docteurs
qui se sont occupés de Sa Sainteté. Nous
avons tous été très émus
par ces signes.
Une chose est certaine, il est resté en méditation
pendant quatorze jours. Il est entré en totale
méditation. Il a changé sa posture complètement.
Sa position au moment de mourir était différente
de sa position de méditation. Il était
dans la posture de subjugation des négativités.
Quand il est passé, il avait les deux mains sur
les genoux. Ensuite il a mis ses mains dans la posture
de la subjugation et est resté dans cette posture
pendant quatorze jours. Nous croyons que cette phase
de sa méditation était l’accomplissement
de son aspiration à éliminer guerres,
maladies, famines, ces choses qui doivent être
éliminées. A ce point, il manifestait
le plein pouvoir des kayas. Positionné dans le
Nirmanakaya, déployant sa luminosité dans
le Sambhogakaya et dans le Dharmakaya, son esprit restant
inchangé, cela nous a bouleversé.
Son passage en parinirvâna n’a pas été
imprévu. Il en avait parlé très
clairement depuis le début. Il manifesta des
signes de maladie de sorte que nous relâchions
notre attachement envers lui. C’était un
moyen habile à notre attention pour que nous
lui laissions quitter son corps. Cela vient de sa totale
compassion. Du point de vue de la mort, dans le sens
intérieur secret, il était déjà
passé deux ans auparavant. Ce qui restait était
sa forme extérieure qui nous donnait l’opportunité
de travailler avec nos émotions.
Sun : Son corps est préservé
en ce moment ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Actuellement son corps est préservé
tel quel. Cela est très unique et très
rare. Au Tibet, il est très rare que le corps
d’un tertön soit préservé.
Cette préservation exige beaucoup de qualités.
C’est le résultat de son aspiration à
laisser son corps après sa mort de sorte que
les futurs étudiants puissent établir
une connexion, simplement en le voyant dans le stupa,
car dans le stupa son visage sera visible par tous les
adeptes.
Sun : Son corps est conservé
dans du sel ?
Shenphen Dawa Rinpoché : En ce moment, nous prenons la
précaution de mettre du sel pour absorber l’humidité,
afin que le corps reste sec. Mais l’aspect important
est que son corps est toujours en posture de méditation,
tel quel. Le corps est dans cette position pour bénéficier
les générations futures.
Sun : Et le corps va être placé
dans le stupa et il sera possible de voir à l’intérieur
?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oh ! Oui, absolument, le visage
sera visible.
Sun : Ce sera un stupa extraordinaire…
Shenphen Dawa Rinpoché : Le stupa a été
construit suivant notre tradition. Il y a beaucoup de
manières différentes de le construire,
mais le Vénérable Chatral Rinpoché,
qui est un de nos plus éminents maîtres,
est celui qui a fait le stupa. Il est le maître
bâtisseur de la structure. Il a fait cela et c’est
prêt.
Sun : Il y aura donc une fenêtre.
Shenphen Dawa Rinpoché : Au niveau du vase du stupa, à
l’intérieur de cela, il y aura une vitre
à travers laquelle les visiteurs pourront voir.
Sun : Est-ce que cela est inhabituel
?
Shenphen Dawa Rinpoché : Dans une situation comme celle-ci,
le corps ne se décompose pas. Il reste tel quel...
le visage, l’expression.
Sun : Comme si on regardait une photo
de Sa Sainteté ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Exactement pareil. Mais ce ne
sera pas une photo, ce sera la vraie chose.
Sun : Pourquoi s’est-il passé
tant de temps avant que son corps puisse être
place dans l’autel ?
Shenphen Dawa Rinpoché : C’est un travail énorme
de construire un stupa, et en particulier dans ce cas,
parce que le monastère a été entièrement
rénové. De nouveaux bâtiments ont
été rajoutés. En fait nous avons
abattu les anciens murs du monastère et reconstruit
un nouveau temple. Donc le monastère entier,
qui a trois étages, a été fait
pour lui. Cela prend du temps. Les fresques qui ont
été peintes par les meilleurs artistes
de notre lignage. Cela aussi prend du temps. Quand vous
visiterez le monastère, vous comprendrez quelle
masse énorme de travail a été nécessaire.
Tant que le monastère n’était pas
prêt, ainsi que le stupa, il n’était
pas question de ramener le corps là-bas. Il est
mieux de le garder là où il est. Aussi,
parce qu’en France nous avons tous les pratiquants
pour lesquels c’est une pure bénédiction
d’avoir Sa Sainteté. Nous sentons encore
sa présence. Nous sentons qu’il est très
présent là. C’est en Dordogne, dans
le sud de la France. C’est là que nous
avons notre centre de retraite et d’autres centres
également. C’est juste à côté
du centre Kagyu. Ils sont très proches.
Sun : Votre père était
le chef de toute l’école Nyingmapa ?
Shenphen Dawa Rinpoché : C’est exact.
Sun : Et maintenant, Sa Sainteté
Khyentsé Rinpoché est le chef des Nyingmapas.
Shenphen Dawa Rinpoché : Officiellement la nomination
doit venir de Sa Sainteté le Dalaï Lama.
Comme vous le savez, dans notre lignage, il y a beaucoup
de chefs de lignages. Mais pour le moment, le Dalaï
Lama n’a pas désigné qui que ce
soit pour prendre la tête du lignage Nyingmapa.
Il est très important que les reliques du corps
de Dudjom Rinpoché soient ramenées d’abord
pour compléter entièrement ce cycle.
Sun : Vous êtes l’héritier
du Dharma de votre père ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui.
Sun : Ce qui veut dire que vous détenez
le lignage Tersar.
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui.
Sun : A t-il donné la transmission
des autres lignages qu’il détenait à
d’autres personnes ?
Shenphen Dawa Rinpoché : À
tous ceux qui voulaient, tout ce qu’ils voulaient.
Il était comme une grande réserve de trésors.
C’est pour cela qu’il était devenu
un des plus important détenteur de lignage de
ce siècle. Il n’y a pas de lama auquel
il n’ait pas enseigné. Il n’y a pas
de lama auquel il n’ait pas donné. Donc,
en fait, suivant certaines prophéties internes,
il détenait la clef des quatre écoles
et en avait réellement l’accomplissement.
Sun : Sa Sainteté Khyentsé
Rinpoché était-il un élève
de votre père ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui. Khyentsé Rinpoché
a reçu beaucoup d’enseignements de mon
père. Il était un élève
de mon père. Cela dépend beaucoup de l’activité,
d’avoir une manière d’atteindre le
public, d’être capable d’actualiser
ce titre. Les gens sont très libres maintenant
d’appeler quelqu’un lama ou Rinpoché
ou n’importe quoi dans ce domaine.
Sun : Beaucoup plus les étudiants
occidentaux ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Cela vient plus de ce côté
[rires] que de n’importe quel autre. Ultimement,
tout doit revenir à Sa Sainteté le Dalaï
Lama parce qu’il est le chef spirituel et temporel
du Tibet. Notre aspiration et notre attention sont tournées
entièrement vers le Dalaï Lama parce qu'il
est un symbole d’unité. Depuis plusieurs
siècles, nous bénéficions des moyens
habiles que sont ses manifestations. Il n’y a
de doute pour personne, pour aucun lama, pour aucun
être. Il est l’autorité finale.
Sun : Pouvons-nous vous demander quels
sont vos projets ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Pour le moment, je n’ai
pas beaucoup de projets franchement. Ma tâche
la plus importante est de ramener les reliques de mon
père à Katmandu de sorte que des milliers
et des milliers de disciples du Tibet, de l’Inde
et de partout puissent venir et participer à
l’offrande de puja que nous allons faire. Et ma
priorité maintenant est de terminer ce cycle,
de rendre hommage à Sa Sainteté Dudjom
Rinpoché. Quand cela sera terminé, tous
les disciples seront satisfaits d’avoir pu participer
à cette accumulation de mérites. Nous
pourrons être tous ensembles pour faire ces pratiques,
etc. C’est mon objectif principal.
J’ai créé récemment la Dudjom
Shenphen Fondation en rapport avec les travaux de mon
père. Mon travail principal est de transformer
son activité de Bodhisattva en résultat
concret. Non qu’il ne l’ait déjà
pas fait - Il a créé des écoles,
des centres de Dharma - mais, c’est une continuation
de cela dans le domaine de la charité.
J’espère qu’avec le temps cette fondation
va devenir très importante, va amener les aspirations
de Rinpoché dans le domaine de la charité
sur un plan plus concret, afin que cela puisse toucher
toutes sortes de personnes, et non uniquement les étudiants
du Dharma. Des extensions du Dharma se traduiront en
éducation, en formation dans le chemin du Vajrayana
et dans le domaine de la médecine et de la psychothérapie.
Dans les termas de mon père, il y a beaucoup
d’enseignements qui relèvent de cela.
J’ai beaucoup d’autres projets à
l’esprit que je dois approfondir. Je veux aller
plus en profondeur dans ma propre religion. Je veux
amener le travail du lignage à un plus large
public pour qu’il puisse réaliser la beauté
et la profondeur des enseignements.
Je suis dans une position où je dois consolider
les centres existants plutôt que d’en créer
de nouveaux. Actuellement, je ne crois pas qu’il
y ait de vide dans le fonctionnement des centres, pas
de vide « politique » si l’on peut
dire. Le fait que je doive tenir le lignage vient directement
de Sa Sainteté et tout le monde a accepté
cela. Nous travaillons tous ensembles. Je crois que
nous avons une situation très harmonieuse. Pour
le moment, je ne pense pas développer, mais plutôt
consolider les anciens étudiants qui ont eu une
connexion avec Sa Sainteté et quelques étudiants
qui veulent nous joindre. Mais je veux garder cela à
son minimum. Je veux placer l’emphase sur mon
propre développement intérieur, c’est
cela que je dois faire.
Sun : Plus de retraites ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui, j’attends cela. Plus
de retraite et la consolidation des anciens étudiants
de Sa Sainteté, les rassembler, créer
des écoles, mettre en place une éducation
qui pourra entraîner les gens dans le Vajrayana.
Beaucoup de choses qu’il est impossible de voir
pour le moment vont apparaître. Mais en ce qui
concerne les priorités, il s’agit de finir
les choses à Katmandu pour stabiliser cela complètement.
Sun : Ferez-vous vos retraites en France,
à Katmandu ou ailleurs ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Cela dépend. Si je peux
installer des lamas responsables dans les différents
centres, des lamas qui peuvent transmettre l’enseignement,
des lamas qui peuvent prendre en main l’administration
et faire réellement progresser les choses, cela
me donnera du temps pour pratiquer. Sans aucun doute,
je pratiquerai dans les lieux saints, si possible, là
où les grands sages ont pratiqué et amené
cette qualité spéciale d’énergie
et de bénédictions. Sinon je ne resterai
pas bloqué dans l’idée que c’est
la seule solution… je pourrais être n’importe
où. Je pourrais être ici même.
Sun : Dans ce pays barbare, la Californie
?
Shenphen Dawa Rinpoché : N’importe où. Le
plus important est d’avoir les instructions correctes,
d’avoir le guide correct ? Ceci est important.
En ayant cela, l’endroit n’est pas important.
Sun : Rinpoché, avez-vous une
date quant au retour des reliques de votre père
au Népal ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui, plus ou moins. Ce n’est
pas une date exacte encore. Je pense que ce sera à
la mi-Janvier [1989]. Ce serait le bon moment. La date
n’a pas été fixée encore,
mais le gouvernement français nous demande de
choisir une date exacte parce que quand nous emmènerons
le corps de Sa Sainteté nous devons avoir l’autorisation
de chaque département que nous traversons.
Sun : Vous l’emmenez par la
route ?
Shenphen Dawa Rinpoché : De la Dordogne à Paris.
Chaque département que nous traversons doit donner
son accord. Depuis Paris, nous prenons l’avion.
Dès que je rentre en France, une date sera fixée.
Il faut au moins deux mois au gouvernement pour accomplir
toutes les formalités.
Sun : En lisant le programme de votre
visite ici, on voit que vous avez donné des enseignements
qui semblent plutôt avancés dans le Vajrayana.
Nous avons été exposés à
deux styles différents dans ce domaine. Notre
maître, Trungpa Rinpoché, était
très strict à ce sujet. Il fallait d’abord
faire telle pratique, puis la suivante et ainsi de suite.
D’un autre côté, Kalou Rinpoché
avait l’inspiration de faire des évènements
plus ouverts au public. Quel est votre sentiment quant
à donner les enseignements du Vajrayana aux occidentaux
? Vers quelle manière seriez-vous porté
?
Shenphen Dawa Rinpoché : [rires] En fait, cela dépend
de l’esprit du maître seulement. Quels sont
ses moyens habiles ? Cela ne veut pas dire qu’une
manière est bonne, l’autre mauvaise. Suivant
les différents états d’esprit, les
approches sont différentes.
Normalement dans l’entraînement du Vajrayana,
vous devez avancer étape par étape. C’est
une approche très systématique. Il n’y
a pas la possibilité d’être indulgent.
Vous devez passer à travers le processus d’entraînement
correct.
Bien que certains lamas soient plus formateurs en construisant
une structure, d’autres s’avancent plus
dans l’ouverture et ramènent ensuite leurs
étudiants dans une forme plus structurée.
Vous pouvez commencer depuis une forme structurée
ou ouvrir et après avoir fait goûter les
enseignements, structurer ensuite.
Dans les deux approches, comment dire, il n’y
pas d’erreur. Mais évidemment, si vous
êtes trop coincés dans une structure trop
formative, alors parfois les étudiants peuvent
être désillusionnés et ne pas voir
l’ouverture secrète vers l’absolu
qui est très importante dans le Vajrayana.
Il est important d’avoir au moins goûté,
d’avoir même eu un aperçu fugitif
de ces enseignements. L’approche peut-être
de l’Est ou de l’Ouest, cela n’est
pas important.
Ce qui est important, c’est que les étudiants
maintiennent la samaya, que les étudiants comprennent
et se débarrassent de leurs poisons proéminents.
Il ne s’agit pas tellement de technique mais plutôt
de la profondeur de la sagesse et de la compassion des
enseignements du Vajrayana.
À ce jour, j’ai vu beaucoup de maîtres
enseigner de beaucoup de manières différentes.
Il n’y a pas une manière figée de
faire cela. Certains maîtres en viennent immédiatement
au Dzogchen et retournent ensuite à la perspective
et entraînements des premiers yanas. Certains
maîtres commencent par le premier yana et avancent
progressivement. Cela ne dépend que de la vision
du maître de ce qui est le mieux.
Certainement, en ce moment, il semble que le Dharma
devienne un produit commercial. C’est peut-être
le danger, quand les faux maîtres apparaissent.
Quelqu’un peut être très vulnérable
et s’ouvrir, s’exposer et soudainement quelqu’un
arrive et se branche sur cette énergie et l’utilise
mal à propos. C’est là que je vois
le danger. Tant que le maître est authentique,
je ne vois rien de mal dans l’approche. Là
où vous devez faire attention, c’est avec
tous les maîtres « self-made » qui
surgissent actuellement.
Sun : En avez-vous rencontré
beaucoup ?
Shenphen Dawa Rinpoché : En venant à l’Ouest,
j’en ai vu beaucoup. J’ai rencontré
des gens ordinaires qui ont maintenant le titre «
Rinpoché » ou « lama ». Bien
sur, « lama » est commercial en ce moment.
Sun : Voulez-vous dire que d’autres
Tibétains ont pris ces titres?
Shenphen Dawa Rinpoché : Oui. Ce sont des pratiquants
ordinaires qui sont venus à l’Ouest pour
faire fortune. Ils ont des étudiants proches
qui les appellent « Rinpoché ». D’un
point de vue pratique c’est très facile
car il n’y a pas d’autorité spirituelle,
personne qui dira jamais « C’est faux ».
Il n’y a pas d’ordre qui reconnaisse ou
ne reconnaisse pas. Il n’y a pas de bureau. Mais
ceci est un problème pour n’importe qu’elle
religion, pas pour nous uniquement.
Sun : Y a t-il des ngöngdros Nyingmas
? L’approche Nyingma du Vajrayana est-elle la
même que celle des Kagyus ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Exactement pareil. Exactement.
Il n’y a pas de différence. Entre Kagyu
et Nyingma généralement tous les enseignements
du Bouddha dans la perspective Vajrayana, tous sont
les mêmes. Vous traversez les mêmes étapes
du ngöndro, en commençant par le refuge,
la Boddhicitta, l’accumulation des mérites,
la purification par Vajrasattva jusqu’au guru
yoga. Ces entraînements sont identiques. Dans
les pratiques courroucées, il y a des ngöndros
courroucés. Ensuite, il peut y avoir quelques
variations. Mais dans sa généralité,
l’approche est la même.
Habituellement, les visualisations sont identiques :
Dorjé Chang ou Guru Rinpoché au centre
de l’arbre du refuge, à gauche les Bodhisattvas,
devant les protecteurs du Dharma, derrière les
sons des syllabes sacrées. C’est exactement
pareil. Parfois, certains protecteurs et leurs aspects
sont mis plus en évidence. Quand nous faisons
la pratique générale, l’offrande
a tous les protecteurs, c’est exactement la même
chose. Tous les protecteurs sont là, mais certains
sont connectés à un terma particulier
à protéger. Ils sont alors plus engagés.
Sun : Bon, je suis à court de
question. Y a t-il quelque chose que vous vouliez dire
aux étudiants occidentaux du bouddhisme, en particulier
aux lecteurs du Vajradhatu Sun ?
Shenphen Dawa Rinpoché : Mon message est simplement de
considérer le chemin du Vajrayana comme un joyau.
Travaillez résolument à harmoniser l’intérieur
et l’extérieur, à équilibrer
leurs natures. Essayez d’atteindre ce point de
la pratique où ils sont unifiés. L’essence
de tous les enseignements se résume à
comprendre vacuité, luminosité, compassion.
Je dirais, pratiquez sincèrement sans vous laisser
prendre par l’apparence extérieure du Dharma.
Pénétrez réellement l’essence.
En ce qui concerne Trungpa Rinpoché, je l’ai
rencontré à Boulder. Je l’avais
rencontré à New York auparavant. Je pense
que vous avez eu un maître très qualifié
et très habile. En pratiquant en harmonie, en
restant ensemble, vous pouvez créer la situation
favorable pour qu’il revienne, vous retrouve et
continue les enseignements. Si vous avez l’aspiration
et si vous vous dédiez à la pratique,
je pense que cela va arriver.
En Europe, nous avons des gens qui font les mêmes
pratiques. Entre Kagyu et Nyingma, c’est pratiquement
la même chose. Dans le passé une certaine
distance était maintenue. Je pense qu’il
est temps d’éliminer cette distance et
avoir un esprit plus ouvert, avoir un regard plus honnête
sur ce que sont les possibilités de chaque école.
Je sens que maintenant, il n’est plus du tout
possible de travailler d’une manière limitée.
Nous sommes à une étape maintenant où
nous devons respecter chaque forme de pratique des enseignements
de Bouddha. Je pense que vous montrez un exemple en
Occident qui sera très crucial pour l’Est.
Mon espoir est que le genre de communauté que
vous établissez à l’Ouest parlera
d’une voix forte à l’Est. Vraiment,
ce sens d’unité à l’Est est
très rare. Voilà ce que j’espère.
Tous les chefs des lignages Kagyu sont tous des maîtres
très qualifiés. Ceci ne fait aucun doute,
aucun doute sur leur qualification du point de vue de
la transmission. Je pense que le lignage Kagyu est très
fortuné d’avoir cela. Si vous restez ensemble
et n’essayez pas de faire de distinction entre
ceci ou cela, et n’essayez pas de créer
de confusion, je pense que vous aurez une croissance
stable dans le Dharma. Ce que Trungpa Rinpoché
a planté, ce sont comme des graines et ce qui
sortira de ces graines, sont des pousses et ce que le
fruit sera est votre réalisation, un équilibre
dans votre esprit, un équilibre dans votre environnement
extérieur aussi qui respectera chaque forme de
vie. Ce respect et cette compassion sont, je pense,
la clef des enseignements du Bouddha.